Conclusion du Rapport Terrill (SRAM, 1997, 35 pages)

 

Étude comparative des taux de réussite aux secteurs préuniversitaire et technique dans les cours de la formation générale et de leur lien avec les taux de diplomation

 

[Les passages en gras ont reçu ce formatage par l'auteur du rapport alors que les passages soulignés l'ont été par le département de philosophie du Collège de Maisonneuve.]

 

« Le but principal de cette étude consistait à vérifier dans quelle mesure la faible diplomation chez les étudiants du secteur technique pouvait être liée à leur difficulté de réussir leur cours de la formation générale et, plus particulièrement, ceux de français et de philosophie.

 

Nous avons d'abord commencé par vérifier si les taux de diplomation au secteur technique étaient effectivement plus faibles qu'au secteur préuniversitaire, en comparant ceux des cohortes de la décennie 1980. Ces premières comparaisons ont montré que si on calcule globalement les taux de diplomation, on trouve en effet des taux nettement plus élevés au secteur préuniversitaire qu'au secteur technique, les écarts pouvant parfois atteindre, pour certaine cohortes, presque 20%. Mais ces mêmes comparaisons ont aussi montré que ces écarts étaient en très grande partie, sinon en totalité, dus aux étudiants d'un seul programme du secteur préuniversitaire, soit celui des Sciences de la nature. Les étudiants de ce programme arrivent en effet du secondaire avec des dossiers tellement plus forts que ceux des autres programmes que le simple fait de les exclure du calcul de ces statistiques réduirait considérablement les écarts observés entre les taux globaux de diplomation des deux secteurs. L'exclusion systématique de tous les étudiant d'un programme ne constitue évidemment pas la meilleure des méthodes pour comparer des taux de diplomation, mais l'exercice visait simplement à illustrer le fait qu'une comparaison globale de taux de diplomation n'est pas une comparaison valable.

 

Nous avons donc refait la comparaison des taux de diplomation, sans exclure aucun programme mais en tenant compte, cette fois, de la moyenne au secondaire des étudiants et en présentant des données distinctes pour les filles et les garçons, puisque ce dernier élément est aussi un facteur important dans ce type d'analyse. Or, cette étude comparative nous a montré qu'à moyennes du secondaire égales, les étudiants du secteur technique obtiennent leur DEC dans des proportions au moins aussi élevées, dans l'ensemble, que ceux du secteur préuniversitaire. Chez les garçons en particulier, les taux de diplomation sont même, dans l'ensemble, significativement plus élevés au secteur technique qu'au secteur préuniversitaire.

 

En d'autres termes, si le taux global de diplomation des étudiants du secteur technique est plus faible que celui des étudiants du secteur préuniversitaire, cela est strictement dû au fait qu'au départ, ces deux groupes d'étudiants n'ont pas du tout des dossiers comparables. Ceux du secteur préuniversitaire ont, en effet, des moyennes au secondaire qui, en moyenne, sont toujours de 3 à 4 points plus élevées que celles des étudiants du secteur technique. Or, nos statistiques montrent que chaque différence de 1 point dans cette moyenne du secondaire peut entraîner des différences de l'ordre de 4 à 5 points de pourcentage dans les taux de diplomation au collégial.

 

Les taux de réussite obtenus dans les différents cours du collégial, qu'il s'agisse des cours de la formation générale ou de ceux de la formation spécifique sont, eux aussi, étroitement liés à cette moyenne au secondaire. Toute comparaison globale de ces taux de réussite, sans tenir compte de cette variable, constituerait donc, là aussi, un exercice statistique sans grande utilité. Pour illustrer cette incontournable réalité, nous avons fourni l'exemple des taux de réussite des étudiants des Sciences de la nature qui, même en français, sont globalement de 20% supérieurs à ceux des étudiants de Lettres. Et pourtant, il ne viendrait à personne l'idée d'en conclure que les cours de français sont mieux adaptés aux étudiants de Sciences qu'à ceux de Lettres, ou encore que les étudiants de Sciences sont plus intéressés à la littérature ou à la poésie que ceux de Lettres.

Nous avons donc effectué les comparaisons des taux de réussite en utilisant la même méthode que pour les taux de diplomation, soit en tenant compte de la moyenne au secondaire et en calculant les données séparément pour les filles et les garçons.

 

Ces comparaisons ont montré que, dans l'ensemble, à moyennes du secondaire égales, les étudiants du secteur technique n'ont pas plus de difficulté à réussir leurs cours de la formation générale que leurs collègues du secteur préuniversitaire.   Par contre, les cours de la formation spécifique sont généralement mieux réussi au secteur technique qu'au secteur préuniversitaire. On pourrait alors se demander pourquoi les étudiants du secteur technique n'obtiennent pas de meilleurs taux de diplomation que ceux du secteur préuniversitaire. L'explication est sans doute liée à des facteurs tels que la plus longue durée des études et le plus grand nombre de cours à réussire pour l'obtention du DEC au secteur technique.

 

Finalement, nous avons examiné de plus près le phénomène des étudiants dits «persévérants mais non diplômés» au secteur technique. En effet, il arrive parfois que des étudiants abandonnent leurs études même s'il ne leur reste que quelques cours à réussir et, en particulier, des cours de formation générale.

Pour cela, nous avons identifié, dans une dizaine de programmes représentant plus de la moitié de la population du secteur technique, des étudiants à qui il ne restait pas plus de 6 cours à réussir pour l'obtention d'un DEC dans leur programme et dont au moins 1 de ces cours était un cours de français ou de philosophie. Or, pour l'ensemble de cet échantillon, nos calculs ont montré que seulement 3% des étudiant initialement inscrits dans ces programmes se sont retrouvés dans cette situation. Il s'agit donc d'un phénomène marginal en ce sens que, même si on réussissait à l'éliminer complètement, cela ne changerait pratiquement rien aux taux de diplomation de l'ensemble des étudiants du secteur technique. Il y aurait toutefois sans doute lieu d'examiner un peu plus en profondeur la situation des étudiants de certains programmes où ce phénomène est pus important, notamment en Technique de service de garde et en Technique de bureau.

 

En somme, l'hypothèse à l'effet que la faible diplomation des étudiants du secteur technique serait lié à leur difficulté de réussir leurs cours de formation générale n'est pas du tout confirmée par les résultats de cette étude. Si les étudiants du secteurs technique ont, globalement, des taux de diplomation plus faibles qu'au secteur préuniversitaire, cela est essentiellement dû au fait qu'ils arrivent du secondaire avec des dossiers scolaires qui sont, dans l'ensemble, plus faibles que ceux de leur collègues du secteur préuniversitaire. Mais, à dossiers scolaires du secondaire comparables, les étudiants de ces deux secteurs obtiennent généralement des résultats qui sont sensiblement équivalents, tant sur le plan de la réussite des cours de la formation générale que sur celui de la diplomation.

 

Il serait toutefois important dans un prochain avenir, de vérifier si on arrive aux mêmes constats à la suite des changement apportée récemment au régime pédagogique du collégial. »